Vos questions, mes réponses
Les interrogations que m'adressent le plus souvent les personnes confrontées à un pervers narcissique, et ce que la clinique permet d'y répondre.
« Comment savoir si mon conjoint est vraiment un pervers narcissique ? »
Cette question, vous vous la posez sans doute depuis longtemps, et elle vous épuise. Je veux d'abord vous dire ceci : poser un mot sur l'autre n'est pas le plus urgent, et ce n'est pas non plus à vous de porter ce diagnostic, ni à moi de le poser sur une personne que je ne reçois pas. Ce qui compte, c'est ce que vous vivez. Si, dans cette relation, vous doutez en permanence de vos perceptions, si vous vous sentez coupable sans savoir de quoi, si vous vous oubliez peu à peu jusqu'à ne plus savoir ce que vous ressentez, alors vous décrivez les effets d'une emprise, et ces effets, eux, sont bien réels. Le travail ne consiste pas à étiqueter l'autre, mais à vous rendre votre propre regard, celui que la relation a patiemment brouillé.
Pascal Couderc, psychologue clinicien et psychanalyste
« Je n'arrive pas à partir, pourquoi ? »
Vous vous le reprochez, et c'est l'une des plus grandes injustices de votre situation. Ne pas parvenir à partir ne traduit aucune faiblesse, aucun manque de volonté. Dans une relation d'emprise, le lien ne tient pas par l'amour, mais par un mécanisme plus profond : le manque de l'autre y est devenu, pour vous, un manque de vous-même. Sans lui, sans elle, vous éprouvez le sentiment de ne plus exister, comme si un vide s'ouvrait. C'est précisément ce que la relation a installé. Partir devient alors aussi impensable que de cesser de respirer. Comprendre ce mécanisme, plutôt que vous en accuser, est le premier pas réel. On ne quitte pas une emprise par un simple effort de volonté. On en sort en retrouvant d'abord, en soi, ce qui permet de tenir debout sans l'autre.
Pascal Couderc, psychologue clinicien et psychanalyste
« Dois-je rester ou partir ? »
C'est la question qui vous tourmente, et elle reste sans réponse, indéfiniment. Ce n'est pas un hasard. Dans une relation ordinaire, même douloureuse, on finit par trancher. Dans une relation d'emprise, la décision se dérobe, parce que la faculté même de décider a été atteinte. Vous attendez de moi que je vous dise quoi faire, et je ne le ferai pas, non par prudence, mais parce que ce serait reconduire ce que vous avez déjà trop subi : quelqu'un qui décide à votre place. Mon rôle est autre. Il est de vous aider à sortir du brouillard, à retrouver une perception claire de votre situation et de vos désirs, pour que la décision, quelle qu'elle soit, redevienne vraiment la vôtre. La question n'est pas d'abord rester ou partir. Elle est : comment redevenir capable de choisir.
Pascal Couderc, psychologue clinicien et psychanalyste
« Je doute de tout, je ne sais plus si j'exagère »
Ce doute n'est pas un défaut de lucidité. Il est l'effet le plus constant, et le plus cruel, de l'emprise. Pendant des mois, parfois des années, votre perception a été patiemment contestée : ce que vous avez vu n'aurait pas eu lieu, ce que vous avez ressenti serait excessif, votre mémoire vous tromperait. À force, on finit par ne plus se fier à soi. C'est exactement le but de ce procédé, et le fait que vous vous demandiez si vous exagérez en est, paradoxalement, le signe. Une personne qui manipule ne doute jamais d'avoir raison. Vous, vous doutez, parce qu'on vous a appris à douter. Le travail thérapeutique commence là : restaurer un espace où votre vécu cesse d'être disqualifié, et où vous pouvez réapprendre à vous croire.
Pascal Couderc, psychologue clinicien et psychanalyste
« Je suis parti, mais je pense encore à lui, ou à elle, tout le temps »
Vous pensiez que la séparation vous délivrerait, et vous découvrez qu'il n'en est rien. C'est déroutant, mais c'est attendu. Quitter physiquement la relation ne dissout pas l'emprise psychique, qui continue de vous habiter de l'intérieur. Ce qui vous manque, souvent, n'est d'ailleurs pas la personne réelle, celle qui vous a détruit, mais l'image idéale des débuts, celle que vous avez cru aimer et qui n'a jamais vraiment existé. Vous faites le deuil de ce qui n'a pas été, et c'est l'un des deuils les plus difficiles qui soient, car il porte sur une promesse, non sur une réalité. Cette présence obsédante n'est pas une rechute, ni un signe que vous aviez tort de partir. C'est une étape de la reconstruction, qui se traverse, et qui s'accompagne.
Pascal Couderc, psychologue clinicien et psychanalyste
« Je me sens coupable, alors que c'est moi la victime »
Cette culpabilité, vous la portez comme si elle vous appartenait, et pourtant elle n'est pas la vôtre. C'est l'un des retournements les plus déconcertants de l'emprise : c'est souvent la personne qui subit qui se sent fautive, d'être restée, d'avoir cédé, d'avoir, croit-elle, provoqué ce qu'elle a enduré. Cette culpabilité a été déposée en vous. Vous avez, sans le savoir, intériorisé une faute qui revient à l'autre. Le travail consiste précisément à défaire ce nouage, à restituer cette culpabilité à qui elle appartient, pour que vous cessiez de payer, dans votre for intérieur, pour une violence que vous avez subie. Tant que cette culpabilité reste à sa mauvaise place, la reconstruction est entravée. La déplacer est un soulagement réel, mais il demande du temps et un accompagnement.
Pascal Couderc, psychologue clinicien et psychanalyste
« Un proche est sous emprise, comment l'aider ? »
Votre impuissance est douloureuse, et elle est compréhensible. Aider un proche sous emprise est délicat, parce que votre aide directe se heurte à l'emprise elle-même. Si vous tentez de le convaincre, de lui ouvrir les yeux, vous risquez, sans le vouloir, de le pousser à se replier davantage, car il n'est plus tout à fait maître de son jugement. Ce que vous pouvez faire est précieux, mais d'un autre ordre : maintenir le lien sans juger, ne jamais relativiser ce qu'il vit, ne pas l'isoler par vos reproches, rester un point de repère stable et disponible pour le jour où il pourra s'en saisir. Ne restez pas seul non plus avec ce fardeau. Un accompagnement peut vous aider, vous, à tenir cette position juste, qui est souvent la plus utile que l'on puisse offrir.
Pascal Couderc, psychologue clinicien et psychanalyste
« Un pervers narcissique peut-il changer, ou guérir ? »
Vous gardez cet espoir, et il est humain. Mais je dois être honnête avec vous, car cet espoir, entretenu, vous retient parfois dans la souffrance. La perversion narcissique n'est pas une mauvaise passe ni un malentendu que l'amour ou la patience pourraient dénouer. C'est une organisation de la personnalité, installée de longue date, et qui ne se vit pas comme un problème par celui qu'elle habite. Or on ne change que ce dont on souffre et qu'on souhaite transformer. Attendre le changement de l'autre, c'est souvent reporter indéfiniment votre propre libération. La question la plus utile n'est pas peut-il changer, mais : combien de temps suis-je prêt à attendre un changement qui ne vient pas ? Les personnes que l'on peut accompagner, et qui peuvent se reconstruire, ce sont celles qui subissent. C'est vers vous que tout le soin doit se tourner.
Pascal Couderc, psychologue clinicien et psychanalyste
« Comment me reconstruire après une telle relation ? »
La reconstruction est possible, je le dis avec la certitude de l'avoir accompagnée de nombreuses fois. Mais elle ne consiste pas à oublier, ni à redevenir celui ou celle que vous étiez avant. Elle consiste à retrouver le sentiment d'exister par vous-même, ce sentiment que l'emprise avait pour fonction d'effacer. Cela suppose de réapprendre à ressentir, à juger, à désirer pour vous, de défaire la culpabilité qui n'est pas la vôtre, et de faire le deuil de ce qui n'a pas été. Ce chemin est exigeant, et il connaît des allers et retours qui ne sont pas des rechutes. Beaucoup de personnes en ressortent non pas réparées à l'identique, mais plus solides, avec une connaissance d'elles-mêmes qu'elles n'avaient pas. Ce travail ne se fait pas seul, et il n'a pas à se faire seul.
Pascal Couderc, psychologue clinicien et psychanalyste
« Mes enfants sont exposés à cette relation, que faire ? »
Votre inquiétude pour vos enfants est légitime, et elle est souvent ce qui finit par mobiliser ce qui restait de forces. Un enfant exposé à une relation d'emprise en perçoit la tension, même sans la comprendre, et il peut en porter la trace. Je ne vous donnerai pas de consigne toute faite, car chaque situation, chaque âge, chaque configuration familiale appelle une réponse propre, qui se réfléchit ensemble. Ce que je peux vous dire, c'est que vous protéger vous-même n'est pas vous détourner de vos enfants : c'est, au contraire, la condition pour redevenir, pour eux, un repère stable. Un parent qui retrouve sa solidité protège mieux qu'un parent épuisé qui se sacrifie. Ces questions, lourdes, gagnent à être pensées dans un cadre, avec quelqu'un qui connaît ces situations et leurs effets sur les enfants.
Pascal Couderc, psychologue clinicien et psychanalyste
Vous vous reconnaissez dans ces questions ?
Si l'une de ces situations est la vôtre, un accompagnement spécialisé peut vous aider à y voir clair et à vous reconstruire, à votre rythme.