L'addiction au travail
Workaholisme — quand le travail devient une drogue
Un sujet dépendant au travail, que l'on désigne aujourd'hui sous différents vocables — « workaholic », « work addict » ou « accro du travail » — est plongé dans un engrenage addictif redoutable. L'addiction au travail est d'autant plus dangereuse aujourd'hui qu'elle est liée à la survalorisation de la performance et de la productivité à tous les niveaux de la société.
Pascal Couderc, psychologue clinicien et psychanalyste à Montpellier, Paris et en visioconférence, vous aide à comprendre et soigner la dépendance au travail.
Qu'est-ce qu'être workaholic ?
Le workaholic, ou « bourreau de travail » en français, ne vit plus que par et pour son emploi. Il y engloutit sa vie, lui sacrifiant son temps libre et sa vie familiale. Comme tous les sujets addicts, il éprouve un irrépressible besoin de sa drogue, qui tourne à l'obsession. On parle de compulsion ou de relation pathologique au travail.
On rencontre principalement deux profils de workaholics :
Du travail au surmenage
Piégé par la charge
Le workaholic ne tire pas de plaisir de son addiction, mais a développé un comportement addictif en réponse aux multiples pressions qui pèsent sur lui — survie économique ou pression du milieu professionnel.
La compulsion se développe comme une forme d'obéissance. L'individu fuit la pression intérieure par le travail et reporte toute son énergie dans les détails. Facilement perfectionniste, il fournit plus qu'il n'est demandé, ne compte pas ses heures et a du mal à déléguer.
Au service du narcissisme
Nourri par le pouvoir
Le workaholic chez qui le travail joue un rôle narcissique occupe de préférence des postes à responsabilités. Le travail fait écho à son besoin d'action et lui offre une dose d'adrénaline dont il ne peut se passer.
Il se fixe des standards très élevés, n'accepte que difficilement les critiques, fait peu confiance à ses collaborateurs et éprouve un manque comparable au sevrage pendant les vacances.
Causes et conséquences
Des facteurs socio-économiques
Cette dépendance concerne autant les hommes que les femmes, qui montreraient une légère prédominance (des études ont montré qu'aux États-Unis, 8 % des hommes et 13 % des femmes présentaient des signes d'addiction au travail).
Ce type d'addiction n'est toujours pas reconnu par les grandes classifications diagnostiques (CIM-11, DSM-5). Le culte de la performance, de la compétition et de la rentabilité à tous crins au détriment des individus participe grandement à la prolifération des « drogués du travail ». Les smartphones et plateformes distantes de travail accentuent cette pression.
Sur le plan psychologique, ce sont les personnes présentant un déficit de l'estime de soi, le besoin de tout contrôler et un besoin de reconnaissance sociale qui seront les plus enclines à devenir workaholic.
Les conséquences sur la santé
Troubles physiques
Troubles du sommeil, maux de tête chroniques, troubles musculo-squelettiques, ulcères, tension artérielle. Le stress affaiblit les défenses immunitaires.
Burnout
Quand toutes les résistances cèdent et aboutissent à un épuisement complet. Le workaholic est en première ligne face au risque d'effondrement.
Isolement
Le workaholic se renferme, se sent incompris, s'isole de ses collègues et de sa famille. Sans recours pour se confier, il ne repère plus ses difficultés.
Dépendances croisées
Pour réduire la souffrance, recours fréquent à d'autres formes de dépendances : tabac, anxiolytiques, alcool. Une souffrance venant s'ajouter à une autre.
Comment soigner un workaholic ?
Le climat économique actuel et la pression que font peser les normes de production ne poussent pas les individus à détecter leur addiction au travail comme un facteur pathologique. Et ce, même lorsque tout leur équilibre — notamment affectif — s'en trouve bouleversé.
Un workaholic sollicite en général une aide thérapeutique lorsqu'il commence à développer d'autres dépendances inquiétantes dans sa vie, ou lorsque des événements familiaux, tels que des problèmes de couple, l'y contraignent.
L'écoute d'un psychologue spécialiste des addictions peut beaucoup pour l'aider et apporter un soulagement assez rapide en traitant des causes à l'origine de ce dérèglement. Le travail est une activité indispensable, que chacun devrait pouvoir accomplir dans les meilleures conditions possibles.
Une thérapie d'orientation cognitivo-comportementale donne de bons résultats. L'addiction au travail nuit à la santé et au véritable épanouissement professionnel. Ne restez pas prisonnier de cet engrenage.
Questions fréquentes
Comment reconnaître un workaholic ?
Le workaholic sacrifie son temps libre et sa vie familiale, fournit plus qu'il n'est demandé, ne compte pas ses heures, a du mal à déléguer et éprouve un manque comparable au sevrage pendant les vacances. Il éprouve un irrépressible besoin de sa « drogue » qui tourne à l'obsession.
Quelles sont les causes de l'addiction au travail ?
Les causes sont à la fois socio-économiques (culte de la performance, pression des normes de production, hyperconnexion) et psychologiques (déficit de l'estime de soi, besoin de tout contrôler, besoin de reconnaissance sociale). Cette addiction concerne autant les hommes que les femmes.
Le workaholisme est-il reconnu comme une maladie ?
Non, l'addiction au travail n'est toujours pas reconnue par les grandes classifications diagnostiques (CIM-11, DSM-5). C'est en partie parce que les facteurs qui la provoquent sont liés à la société elle-même — ce qui ne la rend pas moins dangereuse ni moins réelle pour ceux qui en souffrent.
Comment soigner l'addiction au travail ?
Une thérapie d'orientation cognitivo-comportementale donne de bons résultats. Le psychologue spécialiste des addictions traite les causes à l'origine du dérèglement. Le workaholic consulte souvent quand d'autres dépendances apparaissent ou quand des problèmes de couple l'y contraignent.
Ne restez pas prisonnier de cet engrenage
Pascal Couderc, psychologue clinicien et psychanalyste depuis plus de 35 ans, est spécialiste des addictions. Consultations en cabinet à Montpellier et Paris, ou en visioconférence partout dans le monde.