Les causes de la dépression
Comprendre ce qui précède l'état dépressif pour mieux le traiter
Quelles sont les causes de la dépression ? Avant l'apparition des symptômes, en général, des épisodes de vie douloureux précèdent la survenue d'un état dépressif, même si le déclenchement n'est pas immédiat. Il y a en général une période de latence de quelques mois qui peut faire croire, à tort, que la dépression est sans cause.
Les causes de la dépression : « pourquoi moi ? »
Lorsqu'on en est atteint, il est normal de vouloir comprendre ce qui peut causer une dépression. Si des facteurs biologiques peuvent l'expliquer, le trouble dépressif trouve essentiellement son origine dans des situations vécues en amont par le patient, et davantage encore dans la manière dont il les a vécues.
Les événements les plus fréquemment impliqués dans ce processus sont des expériences de perte, au sens large du terme : perte ou éloignement d'un être cher, d'un objet, d'un animal familier, d'une fonction (mise à la retraite, chômage), d'un organe (ablation) ou encore d'un lien affectif.
D'autres situations permettent de donner une réponse à la question du « pourquoi » de la dépression. Ainsi, les conflits personnels ou professionnels et la mésentente conjugale peuvent sous-tendre un état dépressif. Tout comme un changement de poste de travail imposant une activité nouvelle que le patient ne se sent pas en mesure d'assumer.
Les 7 facteurs déclencheurs d'une dépression
Les recherches en psychologie ont mis en évidence 7 grands facteurs qui expliquent le déclenchement des troubles dépressifs et de leurs symptômes.
La perte d'un proche
Les personnes les plus vulnérables sont celles qui entretenaient une relation ambivalente amour/haine avec le disparu ou encore celles qui avaient envers lui une attitude de dépendance passive.
Dans ce cas, le point crucial est ce « sentiment de libération d'une relation difficile avec le partenaire, accompagné toutefois d'un sentiment de culpabilité dû au fait que l'on ne se sent pas affligé ». Ce sentiment de culpabilité se transforme vite en haine de soi, ce qui débouche sur une dépression.
Un autre cas de figure l'explique également : dans quelle mesure la personne disparue dépendait-elle de nous ? Et comment nous investissait-elle par là d'un sentiment de valeur ? À présent, nous avons perdu l'estime de soi acquise par le simple fait « d'être là pour quelqu'un ». Nous expérimentons le vide laissé par cette fonction perdue.
La mort d'un proche peut aussi nous rendre conscient de notre propre fin. Ceci fait naître des sentiments que nos cultures nous interdisent plus ou moins d'exprimer. Par ailleurs, ils suppriment parfois en nous les débouchés d'action possible parce qu'ils génèrent une peur panique de notre incontournable finitude.
La séparation
La séparation d'avec le conjoint est le facteur le plus important pouvant précipiter une dépression. Pourquoi ? Parce que les conjoints perdent chacun une petite parcelle d'eux-mêmes : cette partie qu'ils peuvent aimer ou non, mais qui reste celle qui les aidait à savoir qui ils étaient.
De nombreuses personnes récemment divorcées disent qu'elles ont l'impression d'avoir été projetées dans l'inconnu, dans le noir. Souvent, ces personnes ont perdu quelqu'un avec qui elles ont vécu de nombreuses années et qui assurait une présence constante. La souffrance qui s'instaure est celle de la perte de ce lien structurant.
Les conflits
Ce sont les conflits dans le monde du travail qui génèrent le plus de troubles dépressifs. Pourquoi ? Parce que ces conflits avec les supérieurs et les collègues donnent aux individus le sentiment qu'ils sont impuissants à les résoudre. Ce sentiment amène à considérer son emploi comme un véritable piège dont on ne peut sortir.
Ceux qui ne sont pas appréciés éprouvent naturellement un sentiment d'échec, et plus rien ne leur paraît avoir de sens. Surtout s'ils pensent que c'est l'activité professionnelle qui donne un sens à leur vie.
Historiquement, cet idéal est habituel chez l'homme qui a la charge de la famille. Néanmoins, on constate désormais ce comportement chez la femme en activité professionnelle.
Avec le chômage, au désastre qu'il représente pour l'estime de soi, s'ajoute la difficile compensation avec un accès restreint aux loisirs et aux relations privilégiées. Car, de quoi le chômeur peut-il bien parler, hormis de sa déception, et avec qui ?
Les maladies organiques
Les maladies fonctionnelles sont également un facteur déclencheur de dépression. Qu'il s'agisse d'une atteinte corporelle constituant une menace permanente et non contrôlable (infarctus du myocarde, accident vasculaire cérébral), d'une intervention chirurgicale plus ou moins mutilante, ou encore de maladies chroniques invalidantes.
Il ne faut pas non plus négliger les conséquences sur le système nerveux central de certaines maladies neurologiques ou endocriniennes.
Il est important de comprendre que les personnes dotées de personnalités dépressives ne courent pas plus de risques d'avoir des maladies graves. Par contre, une personne souffrant d'une affection grave et dotée d'une personnalité dépressive sera dans une situation beaucoup plus délicate, puisqu'elle aura plus de mal à mobiliser les ressources psychiques nécessaires pour faire face.
Certains médicaments semblent également impliqués dans le déclenchement de la dépression : bêta-bloquants, anti-hypertenseurs, œstroprogestatifs, corticoïdes et « coupe-faim ». Mais, dans ce cas, il est difficile de faire la part exacte entre la prédisposition du patient et l'effet du médicament.
Les troubles dépressifs de la maternité
La maternité, ou plutôt le syndrome du fameux baby blues, sont synonymes de dépression. En effet, la maternité entraîne de profonds remaniements biologiques, notamment endocriniens. Cette période peut être subdivisée en trois temps :
Les troubles dépressifs de la ménopause
Parmi les différentes causes de dépression, il y a la ménopause. Cette période est marquée par un certain nombre de renoncements : perte de la capacité de procréation, éloignement des enfants, arrêt de l'activité professionnelle.
Il apparaît que la phase préménopausique constitue la phase à plus haut risque dépressif. Les modifications du fonctionnement hormonal sont en partie responsables des troubles psychiques de la femme. Cependant, elles ne suffisent pas à expliquer la fréquence de la dépression à cet âge.
La femme ménopausée s'interroge sur son utilité, sa capacité à être encore « femme » puisqu'elle se sait diminuée et impuissante face à la réalité des transformations physiologiques qui la touchent. Ce processus de changement, s'il n'est pas psychologiquement intégré et accepté, pourra trouver dans la dépression un exutoire pathologique.
La dépression et le syndrome prémenstruel
Le syndrome prémenstruel se manifeste par un épisode de dépression. Il survient pendant la dernière semaine de la phase lutéale, à chaque cycle menstruel. Ce symptôme disparaît dès les premiers jours des règles (phase folliculaire) et est toujours absent dans la semaine qui les suit. Selon de nombreuses études, ce trouble affecte une proportion significative de femmes.
Par ailleurs, il s'est avéré qu'il pouvait aggraver une dépression ou contribuer aux facteurs de vulnérabilité de survenue d'une rechute ou de récidive dépressive. Une augmentation des admissions pour trouble psychiatrique aigu des femmes a d'ailleurs été constatée en période prémenstruelle.
De même, plusieurs auteurs ont rapporté l'augmentation des tentatives de suicide pendant cette phase du cycle. Il semble, d'après les études faites sur ce sujet, que le syndrome soit plus lié à des causes hormonales que psychologiques.
L'expérience de la perte en psychanalyse
Du point de vue psychanalytique, les causes de la dépression s'interprètent par la rencontre d'un événement traumatique (l'expérience de perte) et d'une prédisposition de l'individu. Deux conditions sont ainsi requises pour son apparition : la valeur subjective de la perte et les caractéristiques de la personnalité du sujet.
La perte est considérée dans sa dimension symbolique et il faut tenir compte d'événements apparemment banaux en soi, mais qui revêtent aux yeux de la personne déprimée une valeur particulière.
Seule une analyse strictement individuelle permet donc de faire surgir d'une apparente continuité l'épisode qui a réactivé des expériences passées de perte ou d'abandon. Cependant, même sans motif précis, le déprimé n'en ressent pas moins un sentiment de perte. L'expérience dépressive réalise en soi une expérience de perte.
Développement du processus de séparation
Au cours de son développement psycho-affectif, l'individu acquiert une aptitude fondamentale à la séparation, au deuil, à la déception, c'est-à-dire à la perte au sens large du terme. Il perd progressivement l'illusion infantile de sa toute-puissance et prend conscience de la réalité et de ses limites.
Cet abandon des illusions infantiles s'effectue précocement dans la relation avec la mère. Vers la deuxième année de sa vie, l'enfant réalise progressivement que sa mère est un être différent de lui-même, une source de satisfaction mais aussi de frustration. Il éprouve donc envers elle des sentiments ambivalents — amour et hostilité — qu'il doit apprendre à maîtriser.
La qualité du lien qui unit l'enfant à sa mère est essentielle pour assurer la maîtrise de cette ambivalence. Le souvenir des expériences heureuses passées avec elle lui permet de surmonter sa frustration (son impuissance) et d'accepter les aspects les plus douloureux de leur relation, notamment la séparation.
Parallèlement à l'effondrement de l'image de mère idéale, toute-puissante et toujours bonne, l'enfant voit sa propre image se modifier : il abandonne sa mégalomanie. Il entrevoit et accepte ses faiblesses et ses défauts, comme il a accepté ceux de sa mère. Cette tolérance tant envers soi-même qu'envers l'autre est le fondement de la capacité à vivre les pertes sans s'effondrer.
Dépression et expérience de perte
Or, la personnalité du déprimé est marquée par une grande vulnérabilité à la perte. Que l'on insiste sur son incapacité à contrôler l'ambivalence de sa relation avec autrui ou sur la persistance d'un Moi mégalomaniaque infantile, on retrouve toujours des exigences inhumaines, idéales, infligées par le sujet à lui-même et aux autres.
Ce type de relation où l'ambivalence n'est pas maîtrisée, tandis que persistent des scénarios « tout bon » et « tout mauvais » issus de la petite enfance, alimente la vulnérabilité au conflit et à la perte.
Certains auteurs estiment que c'est dans l'idéal du Moi qu'il faut chercher la prédisposition à la dépression. La persistance d'un idéal du Moi mégalomaniaque soumet le déprimé à l'impératif de perfection, reflet, semble-t-il, du modèle que se constitue l'enfant par imitation de ses parents perçus comme tout-puissants.
Sortir de la dépression est possible
Il existe différents facteurs et causes de la dépression. Pour autant, il est tout à fait possible de sortir d'un état dépressif. Pour cela, il ne faut pas hésiter à consulter un spécialiste. Il vous proposera un traitement pour en finir avec ce mal-être.
Par ailleurs, il faut mentionner l'importance du réseau social qui constitue un support protecteur contre une réponse dépressive. Famille, amis, loisirs sont autant d'éléments qui offrent au sujet un soutien face au risque dépressif, alors que l'isolement est un facteur de vulnérabilité. Il ne faut pas hésiter à solliciter ce réseau, même quand la dépression pousse à s'en éloigner.
Pour aller plus loin
Questions fréquentes
Quelles sont les principales causes de la dépression ?
Le trouble dépressif trouve essentiellement son origine dans des expériences de perte : perte d'un être cher, séparation conjugale, conflits professionnels, maladies organiques, maternité, ménopause, syndrome prémenstruel. Des facteurs biologiques peuvent aussi intervenir, mais c'est surtout la manière dont l'individu vit ces événements qui détermine l'apparition de la dépression.
Pourquoi la séparation provoque-t-elle une dépression ?
La séparation d'avec le conjoint est le facteur le plus important pouvant précipiter une dépression. Les conjoints perdent chacun une partie d'eux-mêmes : cette partie qui les aidait à savoir qui ils étaient. La souffrance qui s'instaure est celle de la perte d'un lien constant et structurant.
Comment la psychanalyse explique-t-elle la dépression ?
Du point de vue psychanalytique, la dépression s'interprète par la rencontre d'un événement traumatique (une expérience de perte) et d'une prédisposition de l'individu, liée à la qualité du lien précoce avec la mère. La personnalité du déprimé est marquée par une grande vulnérabilité à la perte et par la persistance d'exigences idéales inhumaines héritées de la petite enfance.
Peut-on sortir de la dépression ?
Oui. Un accompagnement par un psychologue spécialisé permet de comprendre les causes profondes et de les traiter. Le réseau social (famille, amis, loisirs) constitue aussi un support protecteur essentiel contre la réponse dépressive.
Comprendre les causes, c'est déjà commencer à en sortir
Pascal Couderc, psychologue clinicien et psychanalyste depuis plus de 35 ans, vous accompagne dans le traitement de la dépression. Consultations en cabinet à Montpellier et Paris, ou en visioconférence partout dans le monde.