Les symptômes de la dépression
Signes psychologiques, physiques et somatiques de l'état dépressif
La maladie dépressive atteint la personne dans son ensemble. Les symptômes de la dépression sur lesquels s'appuie aujourd'hui un diagnostic sont tant psychologiques que physiques. Il est important de tous les repérer pour soigner efficacement les malades.
Car si des signes somatiques apparaissent, la dépression s'accompagne également d'une humeur dépressive qui doit être traitée. Le comportement habituel du patient cède la place à un autre type de fonctionnement : le comportement dépressif. Pascal Couderc, psychologue à Montpellier et Paris, vous aide à repérer les signes qui doivent alerter.
Symptômes de la dépression : les signes psychologiques
La dépression se manifeste sous forme d'une souffrance psychique pas toujours identifiée au départ comme une maladie.
La tendance à l'inertie
La capacité d'une personne déprimée à engager une action est largement entravée. La « mise en route » matinale, par exemple, est difficile. Le temps nécessaire à l'accomplissement de gestes habituels s'allonge. Tout travail devient pesant et demande une attention nouvelle, épuisante, venant au détriment des ressources en énergie du sujet.
Son élocution ralentit, jusqu'à ne plus être que l'équivalent vocal d'une démarche traînante. L'activité quotidienne qui se désorganise progressivement, venant renforcer le sentiment d'incapacité, est aussi l'un des symptômes de la dépression.
Le rapport au plaisir
Désintérêt
Le déprimé est dans l'impossibilité de ressentir réellement les événements. Il n'éprouve plus qu'un grand désintérêt, ni plaisir, ni déplaisir. Il semble indifférent aux gens et aux choses, comme s'il était séparé du monde et abrasait toutes ses émotions. Certains disent « qu'ils ne savent plus aimer », que « leurs proches leur sont indifférents » ou « qu'ils perdent leurs sentiments ».
Hypersensibilité
Au contraire, une hypersensibilité. Les événements viennent le toucher dans son mal-être, créant des perturbations et une agitation qui se traduisent par des réactions excessives. Même les joies de l'existence le font pleurer de chagrin et il est dans l'incapacité d'en tirer le moindre plaisir.
La perturbation du processus de la pensée
L'efficience cérébrale est affectée. On note un ralentissement de l'enchaînement des idées, un affaiblissement de la mémoire, ainsi que des difficultés de concentration. Le dépressif éprouve fréquemment un sentiment de « vide dans la tête ».
Lorsque la pensée s'emballe, elle tourne en rond autour d'un thème forcément douloureux. La rumination des pensées négatives est présente quant à sa propre personne, au monde et à l'avenir.
Passé, présent et futur sont frappés du même sceau négatif et douloureux. Si le déprimé parvient à anticiper l'avenir, ce n'est que pour en donner une représentation sombre. Incapable d'imaginer une amélioration de son état, il projette dans le futur l'image actuelle qu'il se fait de lui-même. Cette incapacité à penser le bonheur conduit naturellement le patient à la mélancolie et l'envie de se suicider.
Les troubles de la personnalité
La dévalorisation de soi est l'un des principaux signes psychologiques de la dépression. Le malade ressent une double incapacité.
La première est la sienne, car il s'estime inutile, indigne, « pas à la hauteur », s'adressant les pires reproches.
La seconde est celle de l'entourage qui peut être lui aussi perçu comme incapable. Dans ce cas, le dépressif camoufle (toujours de façon inconsciente) sa dévalorisation par des revendications formulées à l'égard de ses proches. Il les juge responsables de son malheur. La demande affective adressée à l'entourage est souvent considérable.
Le déprimé devient hostile, irritable et parfois violent. Se sentant coupable de son agressivité, il peut aller jusqu'aux conduites suicidaires, entretenir des troubles du comportement alimentaire (il mange trop ou trop peu) ou une addiction comme l'alcool, le jeu pathologique, les achats compulsifs, l'auto-mutilation, une sexualité compulsive…
Symptômes physiques ou somatiques de la dépression
Certains symptômes d'une dépression nerveuse affectent la santé physique. Ils sont toujours au premier plan de la dépression dite « masquée ».
Les signes généraux de l'état dépressif
Fatigue — plus de 90 % des cas
La fatigue (asthénie) est présente dans plus de 90 % des cas, et cette fatigue très caractéristique est une fatigue matinale. Les personnes atteintes se lèvent fatiguées, leur nuit de repos, bonne ou mauvaise, n'ayant servi à rien.
Cette fatigue va aller en s'estompant au cours de la journée, mais elle est accompagnée de « coups de pompe » brutaux, avec une sensation d'anéantissement total.
Régulation thermique
Troubles de la régulation thermique : frilosité et/ou bouffées de chaleur
Conduites alimentaires
Troubles des conduites alimentaires : anorexie, boulimie ou hyperphagie
Sommeil
Les rythmes physiologiques, et notamment le sommeil, sont perturbés par la maladie. Le déprimé se réveille vers deux ou trois heures du matin et éprouve des difficultés à se rendormir. Lorsqu'il finit par se rendormir, il fait des cauchemars épouvantables avec souvent des rêves de chute. Surtout, il se réveille trop tôt par rapport à son horaire habituel.
Même lorsque le sommeil est quantitativement peu altéré, sa qualité est médiocre : il perd ses vertus réparatrices et le sujet a le sentiment de se réveiller aussi fatigué qu'il s'était couché. Une hypersomnie peut aussi s'observer.
Lorsque la dépression s'accompagne d'une anxiété élevée, une insomnie d'endormissement vient s'ajouter à ces troubles du sommeil. Grâce à des enregistrements électroencéphalographiques réalisés au cours de la nuit, on a mis en évidence de profondes altérations dans les stades successifs du sommeil.
Chez un individu normal, le sommeil comporte quatre stades et une phase dite paradoxale, qui se succèdent régulièrement.
Chez l'individu d'humeur dépressive, les problèmes de sommeil créent un rythme perturbé. On a notamment constaté un temps de latence dans l'apparition de la première phase de sommeil paradoxal, qui se trouve aussi très raccourcie. Il est possible que ce délai soit en rapport avec l'impression d'avoir mal dormi et d'avoir eu des rêves nombreux et pénibles.
Les signes de localisation
Ces symptômes se manifestent sous forme de douleurs chroniques, soit des douleurs sans cause véritable, dont la cause paraît trop minime pour rendre compte de la persistance des troubles :
Douleurs de la colonne vertébrale au niveau du cou, du dos et surtout de la région lombaire, sans lésions rhumatologiques en évolution. Elles peuvent être déclenchées par un traumatisme minime qui crée une contracture des muscles paravertébraux entretenue par le cercle douleur/anxiété.
Douleurs musculaires diffuses.
Douleurs faciales et dentaires.
Les signes vasomoteurs
Ces symptômes sont liés à des spasmes des vaisseaux sanguins. Au premier rang, les maux de tête (céphalées) qui peuvent prendre tous les types : en casque ou localisés, rétro-orbitaires, frontaux, migraines vraies localisées sur un côté de la tête. Ils sont permanents ou surviennent par crises.
Les lipothymies ou pertes de connaissance brèves précédées d'un malaise intense, avec parfois une oppression thoracique, un fourmillement des doigts et de la bouche. Ces sujets tombent « dans les pommes » facilement.
Il existe aussi des sensations vertigineuses et des vertiges, des sensations de brouillard et de flou visuel, d'instabilité à la marche, des signes d'hypotension orthostatique (malaises aux changements brusques de position), des troubles vasomoteurs des extrémités allant du refroidissement banal au syndrome de Raynaud (doigts qui deviennent blancs et insensibles au froid).
Les signes d'hyperexcitabilité neuromusculaire
Ils sont liés également à un état anxieux :
Crampes musculaires
Fourmillements (paresthésies) des mains et des pieds
Fourmillements autour de la bouche
Fourmillements de la gorge (paresthésies pharyngées)
Myoclonies (tressautements musculaires involontaires)
Clonies palpébrales (paupières qui sautent ou frétillent)
Les signes viscéraux
Appareil cardio-vasculaire : palpitations, tachycardie, douleurs et oppression thoracique.
Appareil digestif : troubles digestifs divers, pseudo-gastritiques, pseudo-biliaires, pseudo-colitiques, constipations.
Appareil respiratoire : oppression respiratoire pseudo-asthmatique, sensations de striction laryngée et difficultés de déglutition.
Les symptômes dermatologiques
La peau constitue l'un des lieux de manifestation privilégiés pour une réaction psychosomatique. Une dépression masquée peut être présente dans bon nombre de troubles divers du revêtement cutané. En effet, la peau participe à l'expression des émotions : on rougit de honte, on devient blanc de colère, on transpire de peur…
De plus, elle exerce un rôle symbolique protecteur représenté par la « frontière » avec l'extérieur et est aussi, sans doute, liée au souvenir de la sécurité apportée par la mère.
Le prurit — signe le plus fréquent
L'un des signes de la dépression les plus fréquents est le prurit, c'est-à-dire des démangeaisons persistantes accompagnées du besoin continuel de se gratter. Ce type de prurit est très souvent pur, sans manifestations cutanées objectives et peut toucher l'ensemble du corps.
Autres atteintes comportant la présence de lésions dermatologiques objectives lors des épisodes dépressifs :
Le rougissement chronique
Le dérèglement des glandes sudoripares (transpiration profuse des extrémités)
Les récidives de poussées d'herpès (dermatose virale) en rapport avec de grandes émotions
Les furonculoses (dermatoses microbiennes) souvent associées à des états dépressifs francs ou larvés
L'eczéma et l'urticaire (dermatoses allergiques)
Le psoriasis (lésions aux coudes, genoux, cuir chevelu, parfois tout le corps) en rapport avec des désordres immunitaires
Les maladies du cuir chevelu (en dehors de leurs composantes endocriniennes)
Comme vous le voyez, les symptômes de la dépression sont multiples, et il n'est pas toujours aisé de les repérer. Les professionnels sont habilités à diagnostiquer un état dépressif sévère. Le traitement de la dépression par antidépresseurs donne souvent au départ de bons résultats, mais la thérapie apporte un complément obligatoire pour soigner les causes du trouble dépressif.
Pour aller plus loin
Questions fréquentes
Quels sont les symptômes psychologiques de la dépression ?
Les signes psychologiques incluent la tendance à l'inertie, un rapport altéré au plaisir (désintérêt ou hypersensibilité), la perturbation de la pensée (rumination, pensées négatives, vide dans la tête) et la dévalorisation de soi avec hostilité et irritabilité.
Quels sont les symptômes physiques ?
La fatigue matinale (90 % des cas), les troubles du sommeil (réveil vers 2-3h, cauchemars), les douleurs chroniques (colonne vertébrale, musculaires), les signes vasomoteurs (céphalées, lipothymies, vertiges) et les signes viscéraux (palpitations, troubles digestifs).
Quels sont les symptômes dermatologiques ?
La peau est un lieu de manifestation privilégié. Le prurit (démangeaisons) est le signe le plus fréquent. On observe aussi le rougissement chronique, l'herpès, les furonculoses, l'eczéma, l'urticaire, le psoriasis et les maladies du cuir chevelu.
Comment repérer une dépression masquée ?
Dans la dépression masquée, les symptômes physiques sont au premier plan : douleurs chroniques sans cause véritable, fatigue inexpliquée, troubles du sommeil, manifestations cutanées. L'humeur dépressive peut être moins visible.
Repérer et traiter la dépression
Pascal Couderc, psychologue clinicien et psychanalyste à Montpellier et Paris, prend en charge en cabinet ou en visioconsultation les personnes victimes de cette maladie psychique.