L’enfant, quel que soit son sexe, attribue toujours l’existence d’un pénis à la mère : “Le pénis est la zone érogène directrice, l’objet sexuel auto-érotique primordial et la valeur que le sujet lui accorde trouve son reflet dans l’incapacité logique où il est de se représenter une personne semblable à lui sans cet élément essentiel”. Les théories sexuelles infantiles.

Tout se passe comme si la mère se présentait à l’enfant comme un objet sexuel attrayant, un objet érotique possible sous cette seule condition. Mais c’est imaginaire.

Sur la base de la différence anatomique des sexes, l’enfant éprouve la nécessité de substituer une théorie explicative qui consiste à attribuer un pénis à la mère, et à attribuer à la petite fille, l’absence de quelque chose ; et la petite fille à se considérer lésée parce qu’il lui manque quelque chose. Pour l’enfant, dans son économie psychique, il faut nécessairement que soit on ait le pénis, soit quand on ne l’a pas, on perçoive cette différence comme quelque chose d’absent.

Dans la mesure où il faut nécessairement que pour tout être semblable à lui, ce pénis existe, que quand il n’existe pas, on le fait exister en disant qu’il manque. Il faut donc un objet qui corresponde à cette absence, qui serait supposé combler ce manque : c’est le phallus. C’est un objet imaginaire. Alors que le pénis est un objet réel.

Donc le pénis est un objet réel.

Le phallus est un objet imaginaire dont la seule fonction est de combler ce qui est supposé manquer à certains.

En ce sens, on peut parler de la primauté du phallus.

Cette primauté du phallus semblerait soutenue par le fait que l’enfant serait dans l’ignorance de l’existence du vagin de la femme. Théorie cloacale selon laquelle l’orifice génital et l’orifice anal seraient confondus, d’où, dans l’imaginaire des enfants, les enfants qui naîtraient et se feraient par le même orifice, et auraient la même origine que les excréments.

M. Klein ajoute que l’enfant aurait une connaissance très précoce de l’existence du vagin de la femme, mais néanmoins il éprouverait la nécessité de construire son explication personnelle pour annuler cette vérité, mais surtout pour s’en défendre. Parce que ce qui est important pour l’enfant à ce moment-là, c’est que le phallus reste pour un temps un objet prévalent.

Cet objet est irréductiblement associé à la dimension de la castration. L’inscription dans une structure psychique va dépendre de la relation que l’enfant va entretenir avec l’idée de la castration – avec l’idée de perdre le phallus (et non pas le pénis).

– L’enfant n’accepte pas volontiers de concevoir sa mère comme dépourvue de phallus, de même ses sœurs et toutes les femmes. Il y renonce d’autant plus difficilement que si cet objet n’est pas là, c’est soit qu’il manque, soit qu’il a été perdu.

C’est en ce sens qu’on peut dire que la castration est anxiogène. Freud l’appelle même angoisse de castration.

Devant cette angoisse de castration, l’enfant peut être amené pour se protéger, à récuser la question de la différence des sexes. Pour ce faire, il va élaborer une construction psychique défensive qui va prédéterminer pour lui son mode ultérieur d’évolution sexuelle.

Devant cette angoisse de castration, il y a deux issues.

Elaborer un processus défensif qui va lui permettre de contourner la question de la castration, la contourner sans l’accepter.

La plus souhaitable, bon gré mal gré, finir par l’accepter.

Selon que l’on souscrit à une de ces deux issues, on s’inscrit nécessairement dans un devenir sexuel parfaitement déterminé :

– Les enfants qui sont amenés à neutraliser l’angoisse de castration en la contournant sans l’accepter deviennent des pervers. S’inscrivent, par avance, dans une structure perverse.

– Quant à ceux qui, bon gré, mal gré, l’acceptent mais évidemment avec une certaine réticence, selon le moment où se fera la réticence, ils deviendront soit hystériques, soit obsessionnels.

– Il y a encore un autre cas de figure, celui où la castration n’est signifiée d’aucune façon à l’enfant. C’est ce qui inscrit les enfants dans la psychose.

– Prenons un exemple à propos de ces processus défensifs que l’enfant mobilise pour neutraliser l’angoisse de castration et pour essayer de contourner la question de la castration. Prenons l’exemple des structures perverses.

D’une manière générale, la mise en place d’une structure perverse s’origine dans l’angoisse de castration et dans la nature des processus défensifs que cette angoisse va susciter pour éviter la castration.

Ces processus défensifs, il y en a deux principaux :

La fixation

Le déni de la réalité ou le désaveu de la réalité.

Selon l’un ou l’autre de ces processus de défense, l’enfant deviendra soit homosexuel, soit par exemple fétichiste.

L’homosexualité résulterait d’une réaction narcissique de l’enfant devant l’angoisse de castration. L’enfant fixerait, dans son appareil psychique, la représentation d’une femme pourvue d’un pénis.

Une fixation, c’est un mode d’inscription psychique d’une représentation qui persiste dans l’inconscient et qui est la plupart du temps toujours liée au dynamisme libidinal. Voir La vie sexuelle, page 20 : “Si cette représentation… aversion”.

Le fétichisme

Le processus de défense, c’est le déni de la réalité.

C’est le refus par le sujet de reconnaître, d’accepter une perception traumatisante pour lui (l’absence de pénis chez la mère et ultérieurement pour les pervers, chez la femme).

Freud est porté à attribuer ce processus (1920) aussi bien aux fétichistes qu’aux psychotiques.

Dans le fétichisme, cette stratégie de défense contre la castration s’effectue en deux temps :

a) Le déni de la réalité

b) Une formation substitutive.

a) Dans un premier temps, le fétichiste maintient une attitude strictement infantile à l’endroit de l’absence du pénis féminin. Cette absence est déniée par le sujet, bien qu’elle soit perçue.

Donc le déni de la réalité, ici, a pour effet immédiat de conjurer l’angoisse de castration.

b) Mais il faut, pour que ça marche, que le fétichiste puisse élaborer un objet substitutif à l’objet qui est supposé manquer : c’est l’objet fétiche.

Le fétiche est le substitut du phallus de la femme, de la mère auquel a cru le petit enfant et auquel nous savons pourquoi il ne veut pas renoncer.

Voir Abrégé de psychanalyse, page 78 “Cette anomalie… enlevé”.

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