L’addiction au travail

WorkaholicUn sujet dépendant au travail, que l’on désigne aujourd’hui sous différents vocables : « workaholic », « work addict » ou  « accro du travail » est plongé dans un engrenage addictif redoutable. Cette dérive est d’autant plus dangereuse aujourd’hui qu’elle est liée à la survalorisation de la performance et de la productivité à tous les niveaux de la société.

 

Qu’est-ce qu’être workaholic ?

 Le workalholic ne vit plus que par son travail et pour son travail. Il y engloutit sa vie, lui sacrifiant son temps libre et sa vie familiale. Comme tous les sujets addicts, il éprouve un irrépressible besoin de sa drogue, qui tourne à l’obsession. On parle de compulsion ou de relation pathologique au travail.
Plusieurs profils de workalholics sont distingués par les spécialistes aujourd’hui. Pour simplifier, on peut dire qu’on les rencontre parmi 2 classes d’individus : ceux qui se surinvestissent professionnellement parce que piégés par une charge de travail irrationnelle et ceux dont le travail soutient le narcissisme.

 

Dans le premier cas, le workaholic ne tire pas de plaisir de son addiction, mais a développé un comportement addictif en réponse aux multiples pressions qui pèsent sur lui. Ces pressions peuvent être liées à sa survie économique ou peser au sein même de son milieu professionnel. La compulsion se développe dans ce cas comme une forme d’obéissance, qui permet de répondre à des objectifs, pour éviter d’avoir trop à réfléchir au système qui les commande. L’individu fuit la pression intérieure par le travail et reporte toute son énergie dans les détails. Facilement perfectionniste, il a du mal à décrocher, fournit plus qu’il n’est demandé et ne compte pas ses heures supplémentaires. En manque de reconnaissance, il aura aussi du mal à déléguer.

 

Le workaholic chez qui le travail joue un rôle narcissique occupe de préférence des postes à responsabilités. Le travail fait écho à son besoin d’action et lui offre une dose d’adrénaline dont il ne peut se passer. Il se fixe des standards de performances très élevés et n’accepte que difficilement les critiques et les échecs. Il fait peu confiance à ses collaborateurs et a du mal à communiquer, pensant un peu avoir la science infuse… S’il est un bourreau de travail, il épuise aussi les autres, donc, difficile pour lui d’atteindre ses objectifs, ce qui peut le conduire à la dépression. Lorsqu’il est en vacances, il éprouve un manque comparable au sevrage, tourne comme un lion dans sa cage et se projette sans cesse dans ses prochaines activités.

 

workaholic

 

 Causes et conséquences de cette dépendance

Cette dépendance fait partie des conduites qui menacent la santé au travail. Elle concerne autant les hommes que les femmes, qui montreraient une légère prédominance pour ce problème (des études ont montré qu’aux États-Unis, 8 % des hommes  et 13 % des femmes, sur une population de 291 travailleurs en académie, présentaient des signes d’addiction au travail). Néanmoins, ce type d’addiction n’est toujours pas reconnu par les grandes classifications diagnostiques (CIM-11, DSM-5). Est-ce dû au fait que l’on retrouve dans les causes qui la provoquent, des facteurs propres à la société ? Cela n’est pas exclu, si l’on considère que le culte de la performance, de la compétition et de la rentabilité à tous crins au détriment des individus, participe grandement à sa prolifération. Les nouveaux modes de communication : smartphones et plateformes distantes de travail accentuent de plus cette pression.
Sur le plan psychologique, ce sont les personnes présentant un déficit de l’estime de soi, le besoin de tout contrôler et un besoin de reconnaissance sociale, qui seront les plus enclines à devenir workaholic. Les conséquences de cette dépendance se répercutent :

 

  • sur leur santé physique : l’important mal-être psychique ressenti se traduit par des problèmes d’ordre physique tels que troubles du sommeil, maux de têtes chroniques, troubles musculo squelettiques, problèmes d’ulcères, de tension artérielle… Le stress affectant les défenses immunitaires, un workaholic aura tendance à développer plus de troubles infectieux.
  • sur leur santé psychologique : les workalholics sont, on s’en doute, exposés au risque du burnout, quand toutes les résistances de l’individu cèdent et aboutissent à un épuisement complet.Ils courent aussi le risque de se renfermer sur eux, car ils se sentent totalement incompris, et s’isolent de leurs autres collègues et de leur famille. Sans recours pour se confier, ils risquent de plus arriver à comprendre l’excès dont ils sont victimes et de ne plus repérer leurs difficultés. Il s’agit là d’un point auquel il faut être vigilant, car les sujets dépendants et privés d’entourage, s’ils supportent un harcèlement conjoint à une charge de travail irrationnelle, peuvent présenter un risque suicidaire. Sans qu’ils n’en arrivent nécessairement jusqu’à ces extrémités, il est fréquent que pour réduire leurs souffrances, ils aient recours à d’autres formes de dépendances, comme une forte consommation tabagique ou la prise d’anxiolytiques ou d’opioïdes. Une souffrance venant s’ajouter à une autre, la dépendance au travail peut véritablement dériver alors vers d’autres drogues ou formes de toxicomanie.

 

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Trouver de l’aide

Le climat économique actuel et la pression que font peser les normes de production aujourd’hui sur les individus ne les invitent pas franchement à détecter leur addiction au travail comme un facteur pathologique dans leur vie. Et ce, même lorsque tout leur équilibre, notamment leur équilibre affectif, s’en trouve bouleversé. Un workaholic sollicite en général une aide thérapeutique lorsqu’il commence à développer d’autres dépendances inquiétantes dans sa vie, ou lorsque des événements familiaux, tels que des problèmes de couple l’y contraignent.
L’écoute d’un psychologue spécialiste des addictions peut beaucoup pour l’aider et apporter un soulagement assez rapide en traitant des causes à l’origine de ce dérèglement. Le travail est une activité indispensable, que chacun devrait pouvoir accomplir dans les meilleures conditions possibles.
Une thérapie d’orientation cognitivo comportementale donne de bons résultats. Ne restez pas prisonnier de cet engrenage et venez en parler.

 

Pascal Couderc, psychologue clinicien, aide depuis plus de 30 ans les personnes soumises à des problématiques de dépendance affective et d’addiction. Un accompagnement à distance, via Skype ou visioconsultation est possible pour régler ce type de dépendance.

 

 

 

 

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