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Les achats compulsifs

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Les achats compulsifs s’apparentent bel et bien à de l’addiction. Le phénomène est en constante augmentation et toucherait 1,1 % de la population en général. C’est l’acte d’acheter en lui-même qui est addictif, précédé par l’excitation de la convoitise, puis par le plaisir d’emporter.

 Les achats compulsifs et le contexte social

La pathologie a plus tendance à toucher les femmes, mais les hommes sont de plus en plus concernés. Les acheteuses compulsives sont le plus souvent âgées de 30 à 40 ans et ont un bon niveau professionnel, scolaire ou universitaire.

Les objets achetés sont variables :

  • chez les femmes: vêtements (96 %), chaussures (75 %), bijoux (41,7 %), maquillage (33 %), produits de la maison (12 %) ;
  • chez les hommes: antiquités (25 %), disques (20 %), voitures (16 %), objets électroniques (15 %).

Les sujets sont comme “possédés”par une envie compulsive d’acheter, qui s’apparente au besoin de drogue ou d’alcool.
Les achats compulsifs suscitent une impression d’euphorie, comme dans une nouvelle addiction. À chaque nouvel achat, le sujet se promet de ne plus recommencer… pour passer outre le lendemain. Il met en jeu l’équilibre familial et les objets accumulés ne répondent pas à un besoin.

Il va sans dire que le fonctionnement de la société dans son ensemble encourage les achats compulsifs, avec, en cause :

  • la tentation qui est permanente : « Nous vivons dans une société où l’impulsivité du consommateur est sollicitée par tous les moyens »
  • l’identité : dans notre société moderne, les choses sont moins achetées pour leur utilité, elles ont une valeur émotive et symbolique.
  • l’invisibilité : la carte bleue est le moyen de paiement privilégié (dématérialisé et moins culpabilisateur).
  • la valorisation : la logique de la consommation est de rendre périmé le plus rapidement possible ce qui a été acheté. Le consommateur est voué à une continuelle insatisfaction.
  • Les achats imprévus ou compulsifs tiennent une large place dans la consommation moderne, entre 25% et 65% selon les chiffres du Credoc

Les achats compulsifs relèvent d’un comportement addictif qui engendre une dépendance dont la conséquence principale est l’endettement, qui touche 83 % des acheteuses compulsives.

Les causes de ce trouble

On n’identifie pas encore clairement les causes de ce trouble obsessionnel compulsif. Il semble résulter d’un ensemble de facteurs plutôt que d’une cause unique. Il existe des hypothèses qui lui attribuent des origines diverses :

  • psychologiques : avec en particulier divers fantasmes liés à l’argent ou à la trace d’abus sexuels subis. Dans ce cas, l’individu lutte, grâce à l’argent, contre un sentiment d’humiliation.
  • neurobiologiques : on avance l’hypothèse de perturbations dans les systèmes de neurotransmission qui impliquent la sérotonine, la dopamine et les opioïdes.
  • culturelle : la pathologie des achats compulsifs touche les pays où le niveau de vie est élevé, où la société s’organise autour du divertissement et où la surconsommation est monnaie courante.

Il existerait aussi des troubles liés à l’hérédité, la plupart des personnes touchées ressortissant de familles d’anxieux, présentant des problèmes d’addiction ou de dépendances diverses.

Dépression et trouble de la personnalité

La pathologie des achats compulsifs se caractérise par un besoin fréquent d’acheter pour soi ou pour les autres. Lorsque le besoin se manifeste, l’acheteuse compulsive préfère être seule pour se livrer à ses pulsions. Le besoin est épisodique et dure souvent environ une heure. Les fréquences sont variables, le besoin compulsif pouvant apparaître chaque semaine, chaque jour ou même toutes les heures.
Il concerne le plus souvent des objets de petite taille et peu coûteux, mais que le sujet aura besoin d’acheter en grandes quantités. Les femmes « raflent » chaussures, maquillage, bijoux quand les hommes ont tendance à s’intéresser de près à la technologie et aux gadgets automobiles.
Sur le coup, les achats compulsifs déclenchent différentes émotions telles que la joie, la puissance ou l’excitation sexuelle.
Mais lorsqu’ils perçoivent les premières conséquences négatives de leurs achats excessifs, les sujets sont confrontés au problème du contrôle de leur impulsion, ce qu’ils ne parviennent pas à réaliser. Le surendettement peut les pousser à chercher du secours et à consulter.

Les achats compulsifs existent chez 32 % des dépressifs, qui accusent des sentiments d’infériorité et cherchent une compensation à une existence qu’ils voient comme médiocre.

Les troubles de la personnalité sont présents, avec un type « proche de la personnalité borderline, qui est caractérisée par une impulsivité marquée, des émotions excessives, une instabilité des relations interpersonnelle, de l’image de soi et des affects » (J. Cottraux)

L’acheteur pathologique recherche l’émotion positive pour compenser une émotion négative, une frustration qu’il ne sait canaliser.

« Les personnes qui souffrent d’achats compulsifs présentent des scores plus élevés en recherche de sensations et en impulsivité que les autres dépressifs ».

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 Les thérapies

Il n’existe pas à proprement parler de traitement précis à la pathologie des achats compulsifs, mais des pistes vont être envisagées : psychothérapie, pharmacothérapie, associations de soutien. Les inhibiteurs de la recapture de la sérotonine sont parfois utilisés, pour obtenir un effet sur la dépression, sur l’impulsivité et sur la compulsivité.

L’achat compulsif est fréquemment corrélé à d’autres troubles : obsessions-compulsions, formes variées de dépendances, troubles de l’humeur… Elle s’associe aussi à des troubles comme la cleptomanie, la boulimie ou des tentatives de suicide.

Très proche de l’addiction, cette pathologie peut être prise en charge par une thérapie d’inspiration psychanalytique complétée d’un travail sur le comportement. Un spécialiste des addictions semble le mieux adapté.

Le thérapeute va travailler sur la dépression. Dans un premier temps, il va interroger l’acheteur compulsif de façon non-intrusive sur son comportement. Il cherchera à connaître son degré de préoccupation, vis-à-vis de ses achats et de ses dépenses pour cerner s’il s’agit d’achats inconsidérés ou inappropriés. Le patient poursuivra ensuite avec une description plus précise de son comportement, avec sa fréquence et la typologie de ses achats.
Des outils de mesure existent pour qualifier le degré de gravité de la fièvre acheteuse qui touche une personne. L’échelle d’achats compulsifs ou la Compulsive Buying Scale évaluie le degré d’addiction à l’acte d’acheter. Elle s’utilise sous forme de questionnaire visant à analyser le besoin de dépense du patient, sa conscience qu’il a de l’acte, sa perte de contrôle, ainsi que le contre coup émotionnel et ses répercussions financières.

Pascal Couderc, psychothérapeute à Montpellier est spécialisé dans le domaine des addictions. Si vous vous sentez concerné, prenez contact.

 

 

Pascal Couderc

Psychanalyste, psychologue clinicien à Paris et Montpellier

Et en visioconsultation pour les francophones partout en France et dans le monde.