La naissance de la psychanalyse (15)

V – LACAN

A – LA QUESTION DU DESIR ET DE SON OBJET

B – LA QUESTION DU COMPLEXE D’ŒDIPE ET DE LA CASTRATION

A – LA QUESTION DU DESIR

C’est une question que Lacan situe exactement au point où Freud l’a lui-même située, c’est-à-dire au niveau des expériences de première satisfaction.

Le point de départ est la première expérience de satisfaction (exemple de la pulsion alimentaire)

Il faut convenir que l’enfant naissant est constitutivement assujetti, dans son être, aux exigences du besoin. Et pour cette raison, les premières manifestations de ces impératifs organiques, se manifestent par des états de tension du corps. Etats de tension qui constituent globalement ce que l’on pourrait appeler la réponse du corps à l’état de privation. L’incapacité où se trouve l’enfant en naissant, d’assumer lui-même la satisfaction de ses besoins, exige la présence d’un autre. Un autre que, par convention théorique, on va appeler petit autre.

Le petit autre, c’est un autre semblable à soi, c’est un alter ego, c’est autrui.

Cette présence du petit autre pour l’enfant, elle est exigée par le fait qu’il est incapable d’assumer lui-même la satisfaction de ses besoins, mais elle est tout aussi bien exigée par le fait qu’il n’a aucun savoir prédéterminé sur ce qu’est l’objet de ses besoins et sur ce que peuvent être les processus de satisfaction.

Toute la question est : comment va s’effectuer la prise en charge de l’enfant par ce petit autre, qui est donc comme tel, la plupart du temps, la mère ou un substitut maternel.

Ces manifestations du corps, la mère les reçoit comme des signes qui lui seraient adressés par l’enfant.

Du point de vue de l’enfant, c’est impensable d’imaginer que dès ses premières expériences, dès la première, l’enfant utilise un état de tension corporelle comme quelque chose qui pourrait être un message qu’il adresserait intentionnellement à la mère.

Mais pour la mère, il y a une interprétation immédiate de ces manifestations organiques, physiques, physiologiques, comme des signes qui lui sont adressés.

Ce qui veut donc dire, qu’il y a du sens, donc que ces manifestations n’ont de sens que parce que la mère leur en donne. En revanche, on ne peut pas dire qu’il y a quelque chose d’intentionnel chez l’enfant, à ce niveau.

Le fait que la mère attribue un sens à quelque chose qui n’en a pas forcément du point de vue de l’enfant, ça a pour conséquence immédiate, fondamentale, de placer l’enfant dans un univers symbolique, dans un univers sémantique.

Dès que l’enfant est placé, par la mère, dans un univers de sens, il s’institue une communication.

La communication ne se met à fonctionner entre la mère et l’enfant que parce que la mère commence à placer l’enfant dans un univers sémantique.

Dès lors qu’elle l’a placé dans cet univers de communication, l’intervention de la mère constitue donc une réponse à quelque chose qu’elle a d’abord supposé être une demande de l’enfant.

Si on dit que la mère inscrit l’enfant dans un univers sémantique, c’est évidemment l’univers de son propre discours à elle, de ses propres significations à elle puisque c’est elle qui attribue du sens.

Autrement dit, elle assujettit l’enfant à une référence symbolique (système de communication). Ce petit autre inscrit donc l’enfant dans un référent symbolique qui est le sien, celui de la mère.

Le fait que ce petit autre puisse d’une certaine façon assujettir l’enfant à ses propres significations, a pour conséquence, chez l’enfant, qu’il va se représenter ce petit autre comme un autre privilégié. Ce petit autre privilégié, dans le sens où c’est cet autre qui inscrit l’enfant à la référence symbolique, qui ouvre l’enfant au système de la communication, ce petit autre privilégié pour l’enfant, c’est ce qu’on appelle le grand Autre.

C’est une des significations qu’on peut attribuer à un concept de Lacan, le grand Autre.

Le grand Autre, ici, c’est l’être qui sert de référence symbolique à un autre.

Si l’enfant est tributaire de l’univers des significations de la mère, il est donc inévitablement assujetti au désir de la mère.

Cette mère se mobilise à l’endroit de quelque chose qu’elle a déjà interprété comme une demande, pour apporter une réponse.

Il est bien évident que la nature de la réponse est directement tributaire du désir de la mère.

L’assimilation de l’objet alimentaire va produire, au niveau du corps de l’enfant, une détente organique. Cette détente organique correspond à la réduction de l’état d’excitation originaire. Cette détente organique va être investie de sens par le grand Autre, par la mère.

Le corps de l’enfant demandait un objet de satisfaction.

Une fois qu’il l’a eu, il l’a eu.

Mais la mère investit de sens cette détente. Cette réponse prend à nouveau pour la mère valeur de message. Selon le message que la mère croit recevoir de l’enfant, elle va répondre à nouveau. La réponse sera appropriée à la signification du message qu’elle y a déjà donné.

La signification de message est pour toutes les mères à peu près identique. A savoir, vécu comme un témoignage de reconnaissance que l’enfant adresserait à la mère.

Donc, avec une telle interprétation signifiante, on voit comment l’enfant est pris dans le désir de la mère.

En fait, la réponse maternelle ici, contribue à prolonger la détente du corps, et dans la mesure où cette prolongation de la détente, du bien-être du corps n’est plus strictement indispensable, cette détente, ce plaisir supplémentaire, c’est la jouissance de l’enfant. C’est donc bien la mère qui introduit l’enfant à la dimension de la jouissance au-delà de la satisfaction du besoin.

Au terme de cette expérience, l’enfant est introduit à une nouvelle possibilité psychique, qui lui était jusque-là étrangère, c’est la possibilité de désirer.

L’enfant va pouvoir désormais désirer quelque chose puisqu’il en a eu au moins une expérience. Que cette expérience est inscrite psychiquement, qui est donc soutenue par des représentations et la dimension du désir, c’est une dimension qui va s’étayer sur ces représentations psychiques, sur ces traces mnésiques.

Donc, au niveau d’une seconde expérience de satisfaction, on peut dire que l’enfant peut mobiliser pour son propre compte, quelque chose à quoi il a été introduit par la mère, par le grand Autre. Et là, on peut dire que l’enfant demande.

On a mis du sens sur un certain nombre d’états de son corps et lorsque ces états du corps se manifestent, l’enfant peut les mobiliser intentionnellement à l’adresse de l’Autre. A ce moment-là, on a une communication réellement signifiante de l’enfant à l’endroit de la mère.

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